Et la lumière fut !


Christian Saulnier Régisseur Général et Responsable de L’éclairage.

image2

img_7242bis

 

Qu’est-ce que l’ÉCLAIRAGE ?

L’éclairage est l’un des éléments les plus importants du théâtre. Non seulement il permet de dévoiler ce qu’il y a à voir sur scène, d’orienter le regard, mais aussi de créer un système de sens complexe qui, à lui-seul, provoque des émotions diverses. Un concepteur d’éclairage, ou «designer de la lumière», doit jongler avec toute une gamme de paramètres, que ce soit la couleur, la puissance lumineuse, l’orientation des faisceaux et les ombres, véritables silences lumineux qui ponctuent le spectacle.

Oeil

Un concepteur entre rapidement dans le processus, car c’est lui qui fait office de «caméra». Si au cinéma notre oeil suit celui de la caméra, c’est en effet la lumière au théâtre qui a le pouvoir d’isoler les comédiens sur scène ou de les lier ensemble, par de savants jeux de lumière. Quoi de plus fort qu’un comédien qui, seul sous un faisceau, nous dévoile ses états d’esprits. La lumière ainsi concentrée sur lui perce son mystère, lui donne une tribune concrète.

Émotions

Au fur et à mesure que les répétitions avancent, le concepteur dessine des plans d’éclairage en se servant de puissants logiciels de dessin technique dont se servent également les architectes. Il s’ajuste aux déplacements des acteurs, aux changements de décors, aux moments forts du spectacle qui méritent selon lui (et le metteur en scène) un éclairage dramatique particulier qui vient se fondre au texte, au jeu de l’acteur et à la trame sonore. Un éclairage peut à lui seul provoquer toute une gamme d’émotions. Les couleurs chaudes ou froides plongent le spectateur dans des zones émotives fort différentes et complexes. Dès la lecture de la pièce, un bon concepteur d’éclairage ressent  donc tout le potentiel dramatique de telle ou telle scène, et imagine déjà le jeu d’ombres et de lumières qui pourra être inventé pour en souligner la force.

On peut donc affirmer qu’il ne suffit pas d’avoir de bonnes idées ici et là, il faut que tout se tienne du début à la fin!

Collaboration

L’une des choses dont le concepteur d’éclairage doit tenir compte est le choix chromatique du travail scénographique, c’est-à-dire les couleurs qui se retrouvent dans le décor. Une même lumière n’a pas le même résultat visuel si elle est projetée sur un fond bleu ou un fond rouge. Certaines couleurs s’annulent, d’autres viennent créer des teintes étranges et indésirables. Nul besoin de dire que le designer de la lumière et le scénographe travaillent en étroite collaboration.

Lors de l’entrée en salle, avec l’aide du chef électrique (celui qui manipulera d’ailleurs la console d’éclairage durant le spectacle) et toute une équipe de machinistes, on accroche les projecteurs aux endroits prédéterminés, on fait un premier travail de focalisation (viser au bon endroit!) et d’intensité (doser la puissance de chaque projecteur afin d’arriver à l’effet et l’émotion voulus). Tout comme le concepteur sonore, le concepteur d’éclairage doit avoir un sens du timing et de la nuance exceptionnel. Chaque petit détail est capital, et un «punch» lumineux, que ce soit un noir total (le fameux black) ou la moindre petite lueur, s’il n’est pas bien dosé, peut briser la tension dramatique installée en un clin d’oeil.